Rail 43 vient de lancer la souscrption d'un matériel moteur inédit, un Y 2200, en version prêt à rouler avec la même technique de commercialisation que les 2 wagons précédents, un prix unitaire et des prix dégressifs pour 2 à 5 exemplaires, livrés en une seule fois à un seul acheteur.
Autant ces deux premières offres promotionnelles pouvaient intéresser un zéroïste isolé souhaitant acquérir une rame de wagons (ou cassant sa tirelire pour en profiter), d'immatriculations d'ailleurs différentes, autant celle-ci ne s'adresse qu'à une communauté géographique. Au vu du faible nombre de zéroïstes français et de leur dispersion, seul un club ou une section régionale du Cercle du Zéro peut espérer rassembler au moins 5 achats (et encore faut-il qu'elle soit bien fournie en membres et que ce matériel leur convienne, en terme d'époque et de mode de traction). On peut voir sur le forum du zéro des appels désespérés d'amateurs de la France profonde visant à identifier des co-religionnaires autour d'eux pour ce faire ...
AMHA, l'effet pervers de cette offre, outre que peu d'acheteurs vont se payer 2 ou 3 engins (sic), est que l'amateur isolé risque d'hésiter à payer un seul exemplaire 25% plus cher que d'autres, ce d'autant que ce prix réduit risque de gouverner la cote de ce modèle à la revente. Sachant qu'en cas de succès, plusieurs centaines d'exemplaires seront produits (de 500 à 800 en injection plastique), ces matériels ne partent en PA qu'en dessous de leur prix d'achat en raison de la saturation du marché.
L'alternative est sans doute d'être moins gourmand et de ne pas faire de ristournes. C'est le choix de Chrézo avec le Picasso ou la 030 TU : pas d'angoisse existentielle à la souscription ou à la réservation !
Nous assistons à des vagues de vente en petites annonces de matériel roulant et d'éléments de décor en zéro. Elles ont parfois pour origine une désaffection ou un renoncement (et concernent alors peu d'articles car il s'agit souvent d'amateurs fraichement convertis) mais désormais davantage une sucession anticipée ou avérée (ce qui met sur le marché plusieurs dizaines d'articles, au fil de l'eau et à la pièce pour les premiers, en lots pour les seconds). Ces dernières ont vocation a voir leur fréquence augmenter au vu de l'âge moyen des zéroïstes encore actifs.
Une fois de plus, on constate que le très haut de gamme (Lombardi, Lematec...) et l'entrée de gamme (industriels allemands et anglais) tirent leur épingle du jeu, le premier car il ne concerne qu'une poignée de modèles archi-convoités par une poignée d'amateurs, le second parce qu'il est très accessible financièrement. Entre ces deux extrêmes, les produits proposés finissaient généralement par trouver leur public, quitte à en descendre un peu le prix demandé. Mais ce constat est désormais à pondérer avec la sortie récente de matériel roulant français abordable produit en très grande série (600 et plus) et qui a saturé le marché (Chrézo, Rail 43, voire MTH ...), matériel qui lui-même a du mal à se revendre à son prix d'achat, soit dit en passant.
Que deviendront les produits de moyenne et haut de gamme, jugés pas assez prestigieux par les amateurs fortunés et trop chers par les amateurs moins aisés ? A mon humble avis, les modèles laiton récemment doublonnés par des reproductions fidèles et low cost ont du souci à se faire (il suffit de voir la vague de mises en vente des premiers qui suit chaque annonce de lancement des seconds). Les matériels de niche (qui ne seront jamais reproduits à X centaines d'exemplaires) ont encore de beaux jours devant eux ... si la relève peut (et veut bien) les payer à leur prix de vente initial. Mais la nouvelle génération semble devenir capable de se fabriquer elle-même, à peu de frais, les modèles désirés, notamment grâce à l'impression 3D. C'est un peu le retour des kits, voire de la fabrication intégrale pour les plus talentueux. Un retour aux sources du modélisme ferroviaire ?
L'échelle zéro (1/43e) permet, entre autres, de produire soi-même sa voie. Comment ? En achetant ou en taillant soi-même ses traverses en bois et en tire-fonnant ses profilés de rail, avec ou sans selle. Il existe également des appareils de voie en kit complet (Atelier Michel Hugon, Bernard Lucas, Marcway ...), ainsi que des fournisseurs de pièces détachées pour ceux-ci (FAB 432, club PROTO, CEREC Engeenering, ...). Détaillons donc ces 3 éléments successivement.
1- Les traverses
On peut s'en procurer chez Decapod qui a actuellement le programme le plus complet de traverses découpées, sabotées et percées (par laser), pour les 2 codes les plus fréquement utilisés à cette échelle (124/125 et 143), mais aussi, à la demande du Cercle du Zéro, en code 100. Plusieurs perçages sont proposés : 2 ou 3 tire-fonds par demi-traverses, ainsi qu'une pose avec ou sans selle (plaque métallique intercalée entre la traverse et le rail). Des frettes sont également proposées, sachant qu'elles doivent obligatoirement équiper les 2 extrémités d'une même traverse.
On peut également les débiter soi-même dans une baguette de bois d'épaisseur adéquate ( idéalement 3,5 mm ), en choisissant de préférence une essence aux veines tourmentées, ce qui nous donnera des traverses en "S" de toute beauté. Certains ne jurent que par du tilleul, voire du poirier (sic). Une simple baguette de pin de 2m40 achetée moins de 3 € à la grande surface de bricolage du coin suffit à produire des dizaines de traverses, toutes plus réalistes les unes que les autres !
Une fois découpées et sommairement équarries, on peut les saboter à la lime, puis les percer au porte-foret. Bien évidemment, vous n'allez pas pondre toutes vos traverses à la main, mais elles peuvent se substituer de temps en temps à une traverse Décapod qui, même vieillie, n'aura jamais cette forme :
Cela permet d'ailleurs de percer les trous des tire-fonds en se servant de la semelle du rail comme guide, celle-ci ne risquant pas de bouger si elle a été fixée préalablement aux 2 traverses adjacentes !
Les traverses sont vieillies par brossage (brosse métallique à poil laiton ou acier selon la dureté de l'essence choisie) après les avoir provisoirement fixées par du scotch double face à moquette (ce qui épargnera vos mains), puis par abattage des arêtes au cutter, puis teintées au brou de noix (moins de 3 € le flacon de 125 ml en GSB) et enfin passées au dry brushing (peinture blanche style Gesso balayée sur un pinceau presque sec). Tout ça est archi-connu et figure dans toutes les bonnes revues.
Ces traverses peuvent être fixées directement sur la plate-forme de voie ou être disposées sur une semelle qui les réhaussera (épaisseur classique : 5 mm) et les isolera phoniquement de celle-ci. C'est particulièrement intéressant lorsqu'on a du matériel roulant suspendu et que la voie est constituée de coupons de rails successifs, laissant entendre le "tac-tac" des roues. C'est devenu moins vrai avec la sonorisation des machines. Pour la nature des semelles, 2 écoles s'affrontent : le liège et le Dépron. Le premier est naturel, donc sensible aux variations thermo-hygrométriques, le second non, mais ne reprend pas sa forme initiale en cas d'écrasement.
J'avais promis à plusieurs amis zéroïstes de faire le point sur les développements du va et vient DCC de la marque Intégral. Mon attention avait été attirée sur ce produit à la lecture d'un article de Loco-Revue n°813, sous la plume de Yann Baude, qui lui tressait des louanges. Sachant le rédacteur en chef de LR plutôt exigeant, j'en avais acquis un exemplaire lors d'un Railexpo auquel participait Intégral et fait par la même occasion la connaissance de Mr Paul Trouvé, ingénieur et patron d'Intégral. Ce Géo Trouvetout (il est le père de la Jouefmatic, télécommande à courant HF qui permettait, dès 1968, de piloter simultanément jusqu'à 8 machines sur un même réseau) est absolument passionnant et j'ai découvert qu'il résidait dans le même département que moi, à 60 km !
De retour à la maison, j'ai rajouté à mes 2 modules en construction une coulisse à chaque extrémité, opéré 4 coupures sur une file de rail, posé sur la voie une 050 TQ Fulgurex sortant de digitalisation par LMJ, appuyé sur un bouton, réglé 3 potentiomètres (vitesse en ligne, temps de décélération et temps d'arrêt) et assisté béatement à un petit miracle : allumage des feux, chuintement du petit cheval, coups de pelle, sifflet puis démarrage avec coups d'échappement synchrones, prise de vitesse, ralentissement, marche sur l'erre et immobilisation dans un crissement de frein ! Le tout, sans aucune centrale DCC. Chapeau bas !
Emballé par ce produit, j'ai rencontré Paul Trouvé et lui ai demandé de l'adapter plus particulièrement à notre échelle, les 2 A de courant maxi pouvant être justes pour des machines DCC sound à fumigène motorisé et moteur non à rotor sans fer comme les MTH par exemple. Il a tenu parole et a concocté un petit bijou sortant 5A (et même un peu plus) avec une durée d'arrêt maxi portée de 90 secondes à 5 mn. Cerise sur le gâteau, le développement de nouveaux modules permet désormais un arrêt en gare intermédiaire et même le croisement de 2 machines ! Un module de pilotage d'aiguille autorise le stationnement de 2 machines en gare terminus, soit jusqu'à 4 engins pouvant circuler sur un seul circuit ! Un module de signalisation est également disponible, piloté lui aussi par la centrale. Et tout ceci peut s'acquérir par achat successif en partant du va et vient de base, selon les finances et le matériel dont on dispose.
On remarque immédiatement que cette configuration est particulièrement adaptée au matériel réversible et en premier lieu aux autorails dont le Picasso Chrezo va être l'archétype. Ce d'autant que peu de zéroïstes disposent d'une vaste pièce autorisant un réseau bouclé, alors qu'un point à point (d'ailleurs plus réaliste) en étagère sur 1, 2 ou 3 murs est tout-à-fait envisageable. J'imagine ce que donnerait ce système sur le sublime réseau "un morceau de Cantal" de Jean-François Lavrut, paru dans Loco-Revue n° 844 ! On pourrait d'ailleurs y remplacer les 2 plateaux tournants par 2 aiguilles, ce qui en diminuerait la largeur, donc l'encombrement.
Avec le Picasso Chrezo (ou une draisine RPI ou AMJL), on peut démarrer sur un simple va-et-vient, puis le compléter du module "gare intermédiaire 2 voies" dès que l'on s'est dégotté un FNC JMG (ou AMH, à sortir), un X 2400 Proto-models, un ABJ AMJL, un X5500 Dut ... Et acquérir un ou 2 modules "gare terminus" si l'on atteint 3 ou 4 matériels réversibles.
Ce qui semble plus que raisonnable, si l'on se tient à la philosophie 3M : moins, mais mieux !
En pratique, pour passer à l'acte et construire votre réseau point à point, il conviendrait de pondre 2 modules centraux standardisés ( Maketis ou Bois modélisme, si vous n'êtes pas familier de la menuiserie ou équipé pour ) léchés, avec 2 coulisses provisoires non décorées pour les zones d'arrêt. Puis dès l'achat d'une 2e machine, transformer l'une des coulisses en double voie (on peut du reste la traiter en module, soit de voies de garage, soit en masquant par un artifice : pont en biais avec talus, bâtiment en premier plan, rideau d'arbres ... ) ou pondre en un module d'1m83 (ou de 2 d'1m22) une petite gare de croisement. Etc, etc ...
N'oubliez pas que vous pouvez à tout moment basculer le réseau par un simple inverseur (disponible, bien sûr, chez Intégral) du va et vient à une commande DCC quelconque, le dispositif s'effaçant et, cerise sur le gâteau, les 5 zones de coupures disparaissant ! De même que vous pouvez alors également le basculer en analogique par un second inverseur centrale DCC / alimentation analogique pour y faire circuler une machine non DCC, de votre parc ou apportée par un ami de passage. Rappelons également que ce va et vient DCC peut fonctionner lui aussi en analogique, par simple retrait d'un cavalier extérieur à l'arrière du boitier. Ce qui peut éviter l'achat d'un va et vient analogique, puis d'un va et vient DCC lors de la digitalisation du parc moteur : qui peut le plus peut le moins !